Méthodes de recherche et concept de recherche
Méthodes de recherche
La recherche méthodique peut être menée de bien des façons. Les chercheurs choisissent l’approche qui convient le mieux pour étudier la question ou le problème qu’ils ont identifié. Une méthode de recherche est la collecte méthodique de données dans le but de mesurer ou évaluer la variable ou les variables à l’étude. Dans le domaine de la recherche sur le développement de l’enfant, les chercheurs peuvent observer des enfants dans un laboratoire ou dans un endroit plus naturel tel qu’à la maison, à l’école ou sur le terrain de jeux du voisinage. Ils peuvent poser des questions aux enfants, faire passer des tests normalisés aux enfants, effectuer des études de cas, examiner le comportement humain dans différentes cultures, ou mener des recherches psychologiques.
Observation
L’observation informelle d’un groupe d’enfants qui joue n’est pas une méthode fiable pour amasser des données à des fins d’études de recherche. Des compétences efficaces en observation signifient que l’on sait ce que l’on cherche; on sait où, quand et comment faire les observations et comment les enregistrer de façon méthodique.
Supposons qu’une chercheuse désire étudier les interactions entre un parent et un enfant. Est-ce que cela signifie qu’elle désire étudier toutes les interactions, ou seulement celles qui se produisent lorsque le parent quitte l’enfant pour aller au travail? La chercheuse désire-t-elle étudier les enfants plus jeunes ou les enfants plus vieux? Désire-t-elle effectuer ses observations dans un laboratoire, à la maison, dans un service de garde ou dans un terrain de jeux? Les observations sont-elles écrites sous format narratif ou inscrites dans des feuilles d’observation codées? Doit-on utiliser des caméras vidéo ou des enregistreurs électroniques?
Les chercheurs choisissent souvent d’effectuer leurs études en laboratoire lorsqu’ils veulent exercer un contrôle sur certains facteurs spécifiques pouvant influer sur le comportement des enfants, mais qui ne sont pas la priorité de l’étude de recherche. Un laboratoire est un environnement où un grand nombre des facteurs complexes et déconcertants faisant partie du vrai monde de l’enfant sont éliminés ou atténués. Par exemple, un chercheur qui désire étudier comment l’accès à différents matériaux de construction influe sur l’activité d’un enfant qui construit des structures peut monter une structure et un environnement dans un laboratoire où sont éliminés des facteurs tels que les autres enfants ou les jouets avec lesquels l’enfant est familier. Il peut présenter de nouveaux matériaux aux enfants et étudier comment ils sont influencés par différents arrangements de jouets ou par différentes techniques d’orientation utilisées par les parents.
La recherche en laboratoire présente toutefois des limitations. La plupart du temps, les enfants observés en laboratoire sont conscients qu’ils sont observés. La nature artificielle ou forcée d’un laboratoire peut être un facteur qui influe sur le comportement des enfants. De plus, le comportement des enfants que les chercheurs désirent étudier peut être difficile, voire impossible à étudier en laboratoire. Par exemple, il est difficile et contraire à l’éthique d’étudier les réactions des enfants face à des conflits ou des tragédies familiales en laboratoire.
Lorsqu’ils effectuent des observations naturalistes, les chercheurs observent le comportement des enfants dans leur vie de tous les jours et ne tentent pas de manipuler ou gérer l’environnement. Un chercheur qui étudie les réactions des enfants face aux matériaux de construction peut simplement observer de jeunes enfants dans un milieu d’apprentissage ou dans un service de garde.
Entrevues et questionnaires
Les chercheurs posent parfois des questions aux enfants (ou aux parents et à d’autres adultes qui connaissent des enfants). On utilise des entrevues et des questionnaires pour en apprendre sur les attitudes ou les expériences des enfants.
Les entrevues peuvent être non structurées, ou bien elles peuvent être très structurées. Dans les entrevues non structurées, on utilise typiquement des questions ouvertes. La personne qui donne l’entrevue peut demander à un enfant, « Qu’est-ce qui te mets en colère? », ou à un parent, « Qu’est-ce que votre enfant fait habituellement lorsqu’il ou elle est en colère? ». La réponse peut déterminer les questions qui suivent. À l’opposé, les entrevues structurées font appel à des questions précises et fermées telles que « Combien d’heures de sommeil votre enfant a-t-il eues la nuit dernière? » ou « Qu’est-ce que tu as mangé pour le déjeuner? ». On peut structurer l’entrevue davantage en imposant un choix de réponses aux personnes qui passent l’entrevue, par exemple selon une échelle ou un continuum. À une question demandant la fréquence à laquelle un enfant se dispute avec les autres, la personne peut avoir à répondre en choisissant l’option la plus précise selon une échelle : « plusieurs fois par jour », « au moins une fois par semaine », « une fois par mois, « jamais ».
Un questionnaire ou un sondage est semblable à une entrevue, sauf que la personne qui répond aux questions lit les questions et inscrit les réponses d’elle-même. La plupart des sondages sont très structurés. Les personnes qui répondent aux questions doivent choisir leur réponse à partir d’un choix de réponses précis. On peut faire passer les questionnaires et les sondages à de nombreuses personnes. Un bon sondage doit être conçu avec soin de manière à poser des questions précises, qui ne présentent aucune ambiguïté. De plus, la validité (c.-à-d. la question évalue-t-elle ce qu’on vise à évaluer?) des questions d’un sondage doit être mise à l’essai dans des études indépendantes.
Études de cas
Une étude de cas est une étude approfondie sur une personne ou un groupe de personnes. L’étude de cas est aussi appelée la méthode clinique et elle est issue de la théorie psychanalytique. Le travail de Freud avec des individus souligne l’importance de comprendre leurs expériences de vie. Les études de cas peuvent permettre la collecte d’information au moyen de différentes méthodes, notamment l’observation, l’entrevue et des résultats de tests, qui tous ensemble, aident à bâtir un portrait complet du développement d’une personne ou du fonctionnement d’un petit groupe, par exemple une famille.
Les études de cas peuvent fournir des portraits approfondis et parfois dramatiques de la vie d’une personne, mais il est difficile de généraliser cette information.
L’ethnographie est un autre type de méthode de recherche par étude de cas; elle est souvent utilisée dans les études anthropologiques. Les chercheurs qui s’intéressent au développement humain peuvent choisir cette méthode, particulièrement s’ils souhaitent étudier les effets de la culture. Il s’agit d’une approche descriptive et qualitative, semblable à celle utilisée pour étudier des individus, mais elle se concentre sur la compréhension d’une culture ou d’un groupe social en particulier.
La méthode ethnographique repose sur les observations du participant. Le chercheur vit habituellement au sein de la communauté culturelle pendant une période de temps (des mois, parfois des années), et participe à tous les aspects de la vie quotidienne. Au cours de cette période de temps, le chercheur accumule des notes de terrain, qui contiennent ses observations, des autoévaluations des membres du groupe social et ses interprétations. Ces notes dressent une description de la communauté, qui tente d’exprimer clairement les valeurs sociales et les processus sociaux propres à la communauté.
Tests normalisés
Les tests normalisés consistent en des séries de questions orales ou écrites auxquelles une personne doit répondre. Le résultat procure de l’information sur la personne en question. Un chercheur peut comparer les résultats d’une personne à ceux d’un grand groupe de personnes afin de déterminer la position de la personne par rapport aux autres. Il existe des tests normalisés qui évaluent l’intelligence, le rendement scolaire, la personnalité et l’agressivité.
Concept de recherche
Les chercheurs doivent dresser un plan général ou un concept de recherche pour étudier les questions ou pour mettre à l’essai l’hypothèse qu’ils ont établie. Une fois que la question est claire, les chercheurs doivent établir qui sont les participants, quelles mesures seront prises pour évaluer le rendement ou le développement, et comment l’information accumulée sera analysée.
Toutefois, avant de prendre ces décisions, les chercheurs doivent décider des conditions générales de la stratégie et de l’approche de recherche. Lorsqu’on conçoit une étude de recherche sur le développement humain, les chercheurs doivent décider s’ils utilisent une stratégie basée sur la corrélation ou une stratégie basée sur l’expérimentation. Ils doivent aussi décider quelle approche ou quelle période du développement l’étude couvrira.
Stratégie basée sur la corrélation
La stratégie basée sur la corrélation consiste à observer la relation entre deux ou plusieurs événements ou caractéristiques. Cette stratégie est utile, car plus le lien ou l’association entre deux évènements est puissant, plus il est possible de prévoir un des évènements en fonction de l’autre. Cette relation ou cette association est appelée une corrélation.
Une stratégie basée sur la corrélation est utile pour faire l’étude d’un grand nombre de questions, notamment :
- Comment les parents peuvent-ils favoriser le succès de leurs enfants à l’école?
- Les expériences d’apprentissage au cours de la petite enfance ont-elles un impact sur le rendement scolaire plus tard?
- La santé d’un enfant est-elle déterminée par les rangs sociaux et économiques de sa famille?
La stratégie basée sur la corrélation permet d’examiner les relations qui existent entre les circonstances, les expériences et les caractéristiques vécues par le participant et son comportement et son développement. Toutefois, il y a une limitation principale à la stratégie basée sur la corrélation : elle ne peut pas être utilisée pour déterminer une cause à effet.
Une étude menée sur le lien entre les différents types de communication des parents et le rendement scolaire des enfants peut déterminer que les enfants ont tendance à mieux réussir à l’école sur leurs tests de mathématiques et de compréhension en français si leurs parents communiquent et interagissent avec leurs enfants de façon affectueuse. L’étude démontre une relation ou une corrélation entre une interaction affectueuse de la part d’un parent et un rendement positif à l’école de la part de l’enfant. Il n’y a toutefois aucune indication que le type de communication des parents est la cause du rendement scolaire. Il est possible que les parents soient plus affectueux envers les enfants qui sont plus compétents; ou bien il peut y avoir d’autres facteurs ou d’autres variables, qui ne sont pas considérés par l’étude, qui influe sur la réponse des parents et le rendement des enfants. Le patrimoine génétique, le revenu familial ou les valeurs culturelles peuvent aussi être de puissantes influences.
Dans les études basées sur la corrélation, les chercheurs utilisent souvent une mesure numérique pour décrire la relation qu’ils ont établie entre deux mesures ou deux variables. La mesure, appelée un coefficient de corrélation, est basée sur une analyse statistique que l’on utilise pour décrire le degré ou la force de l’association entre les deux variables. Un coefficient de corrélation peut avoir une valeur entre -1 et +1. La valeur du chiffre désigne la puissance de la relation. Une corrélation de zéro signifie qu’il n’y a aucune relation ou association entre les variables, plus la valeur est près de +1 ou de -1, plus la relation est forte. Le symbole négatif (-) ou positif (+) indique la direction de la relation. Un nombre négatif indique une relation inverse. Par exemple, si les chercheurs déterminent une corrélation de -.5 entre un style de communication sévère de la part d’un parent et le rendement scolaire d’un enfant, cela signifie qu’une communication sévère est associée à un mauvais rendement scolaire, ou qu’elle est associée négativement à un bon rendement scolaire. D’autre part, une corrélation de +.6 entre une communication affectueuse de la part du parent et un meilleur rendement scolaire de l’enfant, signifie qu’il y a une relation positive entre les deux variables. Il faut noter que la corrélation de +.6 entre une communication affectueuse et un meilleur rendement scolaire indique une relation plus puissante que la corrélation de -.5 entre une communication sévère et le rendement scolaire. Plus le coefficient de corrélation est élevé (qu’il soit positif ou négatif) plus la relation entre les deux variables est puissante.
Stratégie basée sur l’expérimentation
Les stratégies basées sur l’expérimentation permettent aux chercheurs de déterminer les causes du comportement ou du développement. Les expériences peuvent déterminer une cause à effet, alors que les études corrélationnelles ne font que démontrer des relations. La cause est le facteur manipulé et l’effet est le résultat sur le plan comportemental ou développemental, qui change en raison de la manipulation. Dans une étude basée sur la corrélation, il n’y a aucune manipulation, alors que dans une expérience, le chercheur modifie délibérément un facteur pour observer quels seront les effets sur le développement.
- La variable indépendante est le facteur manipulé dans une expérience. Le terme indépendant signifie que la variable peut être modifiée indépendamment des autres facteurs.
- La variable dépendante est le facteur qui est évalué dans l’expérience. Cette variable change selon la manipulation exercée sur la variable indépendante.
Afin d’assurer que l’expérience évalue réellement l’impact de la variable indépendante sur la variable dépendante, les chercheurs doivent s’assurer que toutes autres variables possibles soient constantes ou qu’elles soient les mêmes pour tous les participants de l’expérience. Dans l’expérience scientifique traditionnelle visant la cause à effet de la lumière du soleil (variable indépendante) sur la croissance (variable dépendante) d’une fève, il y a une quantité limitée de variables à gérer. Le chercheur doit s’assurer qu’on utilise les mêmes graines, le même sol, les mêmes contenants et la même quantité d’eau. Puis en faisant varier la quantité de lumière du soleil que les graines de fève reçoivent et en enregistrant méthodiquement la croissance des pousses de fève, l’expérience fournit de l’information sur la cause à effet de la lumière du soleil sur la croissance d’une graine de fève.
Toutefois, le développement humain est beaucoup plus compliqué, il y a de nombreux facteurs à considérer et la recherche expérimentale est bien plus complexe.
Les chercheurs peuvent choisir de ne pas utiliser de concepts de recherche expérimentale pour différentes raisons. Il se peut que le sujet principal de l’étude soit nouveau et que l’on connaisse peu les variables à manipuler. Il est parfois contraire à l’éthique de manipuler les variables (par exemple, exposer un enfant à des substances potentiellement dangereuses pour étudier les causes de maladies), ou bien les facteurs sont impossibles à manipuler.
Essais contrôlés randomisés
Dans les études basées sur l’expérimentation, parce qu’il est pratiquement impossible de gérer tous les facteurs qui peuvent influer sur le comportement et le développement humain, les chercheurs doivent prendre des précautions spécifiques pour gérer les caractéristiques inconnues des participants, car celles-ci peuvent avoir des conséquences sur les résultats. En assignant aléatoirement les participants de l’étude aux groupes témoins et aux groupes expérimentaux, on réduit les risques que les résultats des expériences reflètent tous autres facteurs. En effet, on réduit les risques que les deux groupes diffèrent sur le plan de l’âge, l’intelligence, la santé et d’autres facteurs inconnus.
Études transversales et études longitudinales
Les études transversales se produisent à un moment donné. Afin de comparer des enfants de différents âges, les chercheurs font la collecte de résultats provenant de différents groupes d’enfants. Par exemple, un chercheur peut mesurer la variable dépendante sur des enfants de deux, quatre et six ans pour déterminer si la variable indépendante influe différemment sur les enfants selon leur âge. Toutefois, avec ce concept de recherche, les chercheurs ne peuvent pas tenir compte des changements et du développement d’un individu au fil du temps. Pour tenir compte de ces facteurs, les chercheurs effectuent des études longitudinales. Les études longitudinales s’étendent sur une plus longue période et suivent les mêmes individus afin de les évaluer à différents âges. Dans l’exemple ci-dessus, les mêmes enfants seraient évalués à deux ans, à quatre ans et à six ans afin d’observer les changements au fil du temps. Les études transversales permettent d’épargner du temps, car les chercheurs peuvent accumuler l’information sur une période plus courte. Les études longitudinales, bien que plus longues, permettent aux chercheurs d’analyser comment le passage du temps influe sur les individus et comment les évènements remontant à la petite enfance ont des conséquences sur les évènements subséquents. L’une des difficultés auxquelles les chercheurs font face est l’attrition – au fil du temps, ils perdent contact avec les participants et l’échantillon diminue. Ils doivent donc trouver un moyen de minimiser l’attrition.
