Reconnaissance faciale et prosopagnosie

Bon nombre de mammifères, mais particulièrement les humains et les primates non humains, dépendent très fortement des stimuli visuels environnementaux de différentes catégories. Même si les visages humains sont très similaires (p. ex., ils contiennent tous les mêmes caractéristiques : yeux, oreilles, bouche et nez), nous pouvons presque instantanément distinguer deux individus, et percevoir leur âge, leur sexe, leurs émotions et leur regard. Cette capacité est importante sur le plan évolutif, contribuant à la survie des espèces, en nous permettant de faire la distinction entre des partenaires potentiels, des membres de la famille, des amis et des ennemis menaçants. Compte tenu de la relation intime entre la structure et la fonction, il n’est pas surprenant que nous soyons dotés de réseaux neuronaux spécialisés qui contribuent à ces capacités perceptuelles de reconnaissance faciale.

La recherche a graduellement fait la lumière sur les mécanismes neuronaux sous-jacents du traitement et de la reconnaissance des visages. Les études de neuroimagerie ont révélé la neuroanatomie du traitement des visages, plus particulièrement le réseau occipito-temporal qui comprend l’aire fusiforme des visages (FFA; Kanwisher, McDermott et Chun; 1997), l’aire occipitale des visages (FA; Kanwisher et coll., 2000) et le sillon temporal supérieur postérieur (pSTS; Chao et coll., 1999). Ces régions ont toutes nettement manifesté une réaction plus élevée aux stimuli faciaux qu’à tout autre stimulus non facial; toutefois, leur rôle dans la discrimination entre différentes identités à partir des visages demeure vague.

Parmi les premiers éléments probants suggérant l’existence de mécanismes neurologiques particuliers pour la perception des visages, notons la perte chez les patients de la capacité de reconnaître des visages à la suite d’une blessure ou d’une lésion du cerveau. Ce syndrome, qui porte le nom de prosopagnosie, n’entraîne pas la perte de la capacité d’identifier des particuliers, les patients atteints de ce syndrome pouvant identifier une personne à partir de son odeur ou de sa voix (Wada et Yamamoto, 2001). Toutefois, la prosopagnosie est l’incapacité d’identifier des gens à partir de leur visage. Les patients ayant ce trouble ne peuvent même pas identifier leurs proches en se basant sur leur visage seulement, mais peuvent le faire lorsque ces personnes commencent à parler. La prosopagnosie a été repérée à la suite d’une lésion focale dans l’aire fusiforme des visages (voir l’image).

Références

Chao, L. L., Martin, A. et Haxby, J. V. (1999). Are face-responsive regions selective only for faces? NeuroReport: For Rapid Communication of Neuroscience Research, 10(14), 2945-2950. https://10.1097/00001756-199909290-00013

Gauthier, I., Skudlarski, P., Gore, J. C. et Anderson, A. W. (2000). Expertise for cars and birds recruits brain areas involved in face recognition. Nature Neuroscience, 3(2), 191-197. https://10.1038/72140

Kanwisher, N., McDermott, J. et Chun, M. M. (1997). The Fusiform Face Area: A module in human extrastriate cortex specialized for face perception. Journal of Neuroscience, 17(11), 4302-4311. https://www.jneurosci.org/content/17/11/4302

Wada, Y. et Yamamoto, T. (2001). Selective impairment of facial recognition due to a haematoma restricted to the right fusiform and lateral occipital region. Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry, 71(2), 254-257. https://10.1136/jnnp.71.2.254