Périodes de développement critiques et sensibles

Les effets du temps sont au cœur de l’étude du développement humain. Initialement, on imaginait que le développement humain se faisait de façon progressive jusqu’au début de l’âge adulte (environ 18 ans), atteignait un plateau, puis commençait à décliner. Nous savons maintenant que le développement n’est pas linéaire (voir la figure 1). Il peut être rapide, lent et, par moments, ne pas changer. Sa stabilité en elle-même est stupéfiante. Quel que soit le type de changements liés au développement et leur rythme, l’âge demeure un aspect central.

Périodes critiques

Plusieurs changements survenant pendant le développement sont abrupts et rapides. C’est ce qu’on appelle les périodes critiques, soit les périodes de développement durant lesquelles une croissance particulière doit avoir lieu pour que le développement normal se produise. Par exemple, la période critique de développement des membres chez les humains est entre le 38e et le 50e jour de gestation. À la suite de cette période critique, il n’est plus possible de développer des membres. Vers la fin des années 1950 et le début des années 1960, on prescrivait aux femmes la thalidomide pour traiter les effets de nausée liés à la grossesse. Ce médicament perturbait le développement fœtal. S’il était pris entre le 38e et le 50e jour de gestation, pendant la période de développement des membres du fœtus, il causait des malformations des membres ou leur absence complète (Moore et Persaud, 2007). Si la thalidomide était prise après le 50e jour de gestation, le développement des membres était normal.

Périodes sensibles

Malgré leur rôle important dans les changements développementaux, les périodes critiques sont peu nombreuses. La plupart du temps, le développement se fait de façon plus graduelle. Les périodes sensibles sont les moments où un type de développement est le plus susceptible de se produire. Ces types de développement peuvent avoir lieu hors des périodes sensibles, mais se font alors avec plus de difficultés (p. ex., le développement du langage; Moore et Persaud, 2007).

La figure 2 illustre les périodes critiques du développement pendant la grossesse. Ces périodes ont différents niveaux de vulnérabilité aux facteurs tératogènes (des agents pouvant causer des malformations embryonnaires). Les périodes en rouge sont plus vulnérables, et celles en gris le sont moins.

Développement du cerveau

Nelson et coll. (2019), dans le cadre d’une discussion sur le développement du cerveau à la petite enfance, écrivent que même si les termes périodes critiques et périodes sensibles sont souvent utilisés de façon interchangeable et se rapportent tous deux à des « fenêtres de temps » pendant lesquelles les expériences peuvent avoir un effet particulièrement important sur le développement neuronal, il y a des différences nettes entre ces deux termes. « Les périodes critiques représentent une catégorie spéciale de périodes sensibles, qui entraînent des changements irréversibles des fonctions cérébrales. La détermination des périodes critiques est particulièrement importante pour les cliniciens, car les effets nuisibles causés par une expérience atypique pendant une période critique ne peuvent pas être corrigés en restaurant l’expérience typique plus tard dans la vie » (Knudsen, 2004, p. 1412).

Références

Berger, K.S. (2015). The developing person: Through childhood and adolescence (10e éd.). Worth Publishers.

Knudsen, E. I. (2004). Sensitive periods in the development of the brain and behavior. Journal of Cognitive Neuroscience, 16(8), p. 1412-1425. 10.1162/0898929042304796

Moore, K.L. et Persaud, T.V.N. (2007). The developing human: Clinically oriented embryology (8e éd.). Saunders.Top of Form

Nelson, C. A., Zeanah, C. H. et Fox, N. A. (2019). How early experience shapes human development: The case of psychosocial deprivation. Neural Plasticity. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6350537