La théorie des systèmes bioécologiques
L’écologie est l’étude de la relation entre les organismes et leur environnement. L’une des théories les plus éminentes du développement humain souligne la façon dont l’environnement influence le développement d’un enfant ainsi que la façon dont un enfant en développement influence son environnement. La théorie écologique du développement humain d’Urie Bronfenbrenner reçoit beaucoup d’attention depuis les quelques dernières décennies.
Le modèle écologique de développement humain de Bronfenbrenner (Bronfenbrenner, 1979) décrit l’ensemble des interactions complexes, réciproques et dynamiques entre les individus, leur famille et leurs environnements. Le développement des enfants est inextricablement lié aux multiples contextes ou systèmes interdépendants dans lesquels ils grandissent. L’apprentissage, le comportement et la santé sont façonnés par ce qui survient dans les familles, les écoles, les groupes de pairs et les quartiers des collectivités. Selon Bronfenbrenner, le développement humain survient dans un système complexe de relations se produisant au sein de différentes « couches » d’environnements et entre celles-ci.
La théorie écologique du développement de Bronfenbrenner a germé bien avant qu’il ne se lance dans une vie entière d’études en sciences sociales (Bronfenbrenner, 1979). Il a grandi sur les terrains d’une institution d’État où son père était médecin et s’occupait de gens qui étaient à l’époque appelés des « faibles d’esprit ». L’institution formait une communauté complète avec une ferme et des ateliers en activité, sur une superficie de 1 215 hectares qui comprenaient des zones boisées, des forêts et des terres cultivées. Le père de Bronfenbrenner était un naturaliste passionné. Bronfenbrenner fils a passé son enfance dans un riche milieu biologique et social. Il comprenait les lois naturelles des écosystèmes et a pu voir les effets de différents environnements sociaux sur la compétence et la capacité d’adaptation des gens. Les leçons de son enfance sont restées avec lui et ont formé la base de sa théorie écologique du développement humain.
Bronfenbrenner a proposé un modèle pour organiser les ensembles de systèmes environnementaux. Il décrit l’organisation du monde de l’enfant comme « un ensemble de structures, imbriquées les unes à l’intérieur des autres comme des poupées russes. » (Bronfenbrenner, 1979, p. 22) Ces systèmes vont de l’environnement le plus immédiat, comme la famille, jusqu’aux contextes plus éloignés qui ne touchent pas directement l’enfant, comme le système juridique de la société ou les croyances.
- Le microsystème se rapporte aux milieux immédiats de l’enfant (p. ex., la maison, l’école, les programmes d’apprentissage des jeunes enfants). Chacun de ces contextes peut inclure les parents, les frères et sœurs, les pairs, les enseignants ou les pourvoyeurs de soins. L’enfant a des interactions directes avec les personnes qu’il rencontre dans les environnements immédiats et ces personnes et l’enfant s’influencent mutuellement.
- Le mésosystème représente les relations mutuelles entre les composants du microsystème. Par exemple, les parents interagissent avec les pourvoyeurs de soins et les enseignants.
- L’exosystème est composé des milieux qui influencent le développement d’un enfant, mais qui n’ont pas d’interactions directes avec lui. Par exemple, le lieu de travail d’un parent et les collègues touchent la vie de l’enfant. S’il y a en place des politiques à l’intention des employés (comme des congés familiaux ou des horaires de travail souples pour les parents ayant de jeunes enfants) qui valorisent la vie familiale, l’incidence est susceptible d’être plus positive que si le parent doit travailler pendant de longues heures ou voyager souvent pour le travail.
- Le macrosystème qui entoure les trois premiers systèmes représente les schémas idéologiques et institutionnels d’une culture ou d’une sous-culture particulière. Les enfants grandissant dans une petite collectivité dans le nord du Canada vivent un contexte social différent de celui des enfants qui grandissent dans la banlieue aisée d’un grand centre urbain. Les enfants qui grandissent au Canada ont un contexte social différent des enfants qui grandissent en Italie ou en Ouganda. Les enfants qui quittent leur pays natal pour s’installer dans un camp de réfugiés temporaire avant de finalement s’établir dans un autre pays, font face à d’importants changements à l’échelle macro.
- Le chronosystème est le terme représentant la dimension chronologique du modèle de Bronfenbrenner. Les micro-, méso-, exo- et macrosystèmes changent au fil du temps. L’enfant et l’environnement se modifient avec le temps, et le changement peut provenir de l’individu même (p. ex., une blessure ou une maladie grave, la puberté) ou du monde externe (p. ex., la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, le commencement de la garderie, le divorce des parents, le chômage). Bronfenbrenner fait remarquer que ces deux types de changements doivent être pris en compte pour comprendre la façon dont les autres composantes de ce modèle changent, puis la façon dont toutes ces modifications influent à leur tour sur le développement.
Bronfenbrenner a travaillé avec des collègues pour élargir sa théorie écologique originale en un modèle biologique qui reconnaît les relations bidirectionnelles entre les enfants et les environnements (Bronfenbrenner et Ceci, 1994). Bronfenbrenner s’est rendu compte que les différences biologiques et psychologiques des enfants touchent la façon dont ils réagissent à leurs environnements, ainsi que la façon dont leurs environnements réagissent à eux (Bronfenbrenner, 2005). Il s’intéressait particulièrement à la manière dont les enfants réagissent aux personnes qui sont importantes dans leur vie. Il en est arrivé à la conclusion que ces relations étaient la fondation du développement. Il s’est rendu compte que ces relations ne se produisent pas en isolation, et qu’elles sont touchées par tous les niveaux de l’environnement. Bronfenbrenner et Ceci (1994) ont proposé le modèle biologique pour essayer de mieux comprendre les influences environnementales et « la mesure de leur pouvoir pour mettre en œuvre les différences individuelles dans les potentiels génétiques liés aux compétences humaines. » (p. 570)
Les enfants interagissent avec ceux qui sont les plus proches d’eux, soit leurs parents, les frères et sœurs, les pairs et les pourvoyeurs de soins. Les interactions quotidiennes peuvent appuyer et maintenir le développement sain, ou l’entraver et y nuire. Bronfenbrenner a appelé les caractéristiques de ces relations des facteurs proximaux. Les facteurs proximaux familiaux peuvent inclure la bienveillance, l’affection, le recours à la discipline, ainsi que le contenu éducatif et la structure de la langue utilisés à la maison. Les facteurs proximaux se modifient et s’adaptent à mesure que les enfants se développent et maturent. Les facteurs proximaux sont restreints et influencés par les caractéristiques du contexte immédiat, par exemple, la structure familiale ou l’environnement de garde de l’enfant. Ils sont aussi touchés par les facteurs sociaux, économiques et démographiques plus distants faisant partie de l’environnement plus vaste. Les influences distantes s’appellent les facteurs distaux. Un jeune enfant grandit au centre d’un ensemble de cercles concentriques proximaux et de cercles sans cesse croissants de relations et de facteurs distaux en interaction. Bien qu’ils soient un plus éloignés de l’expérience quotidienne de l’enfant, les facteurs distaux demeurent importants et sont des sources d’effets substantiels. Par exemple, le congé parental et les avantages sociaux pour les nouveaux parents au Canada ont de profonds effets sur la vie quotidienne de nombreux nourrissons.
Tout comme les environnements immédiats influencent le développement des enfants, les enfants peuvent influencer leurs environnements. En interagissant avec son environnement, un enfant peut modifier la façon dont ses parents réagissent à lui. Par exemple, un nourrisson qui s’apaise facilement, qui gazouille et qui sourit souvent, est une expérience très différente de celle que vivent les parents d’un nourrisson plus difficile à réconforter et qui pleure souvent.
De plus, les enfants et les familles sont influencés par des environnements plus distants et peuvent avoir un effet sur des facteurs plus distaux. Une famille est influencée par les politiques de congés au travail et, de l’autre côté, les employeurs peuvent devoir tenir compte des besoins familiaux lorsqu’ils préparent les horaires de travail.
Les études longitudinales et expérimentales répertorient différents ensembles de relations et de milieux en interaction. Leurs conclusions présentent les facteurs de risque clés qui nuisent au développement sain et les facteurs protecteurs qui améliorent le développement. Le modèle biologique peut être utilisé pour explorer plusieurs questions de recherche liées à l’interaction entre un enfant et ses contextes.
Références
Bronfenbrenner, U. (1979). Ecology of human development: experiments by nature & design. Harvard University Press.
Bronfenbrenner, U. (2005). Making human beings human: Bioecological perspectives on human development. Sage.
Bronfenbrenner, U., & Ceci, S. J. (1994). Nature-nurture reconceptualized in developmental perspective: A bioecological model. Psychological Review, 101(4), 568-586. https://pdfs.semanticscholar.org/147f/215c79b21e07998c6ceac9c2ffc5b7b0592a.pdf
