Marfo – les résultats

L’un de nos plus gros problèmes est la recherche en vase clos, particulièrement les travaux appliqués en vase clos, et l’autre gros problème est de savoir comment nous devons traiter les résultats et mesurer ce que nous faisons. J’utilise toujours l’exemple des sciences naturelles. Pour la plupart d’entre nous, les sciences naturelles sont objectives, nous n’avons pas à nous inquiéter qu’il y ait des différences d’un lieu à un autre. Par exemple, un métal est un métal. Ça ne change pas. Si on fait chauffer un métal à 600 °F, il se dilatera d’environ trois pouces. Qu’on le fasse au Ghana, au Canada ou à Singapour, le résultat demeurera fort probablement le même. Le développement humain n’est pas comme ça. Il est amorcé par les processus sociaux et culturels. Le contexte dans lequel les gens vivent est extrêmement important. En tant que sociétés humaines et chercheurs, nous sommes aux prises avec un problème à deux facettes. L’une est notre existence biologique. C’est ce que nous partageons tous. Les êtres humains de toutes les cultures ont le même patrimoine biologique. Les trajectoires de développement sont dirigées par les processus biologiques, qui ne varient pas beaucoup d’un milieu à un autre. Puis, il y a la voie contextuelle de notre développement. La culture dans laquelle nous vivons, les emplacements géographiques, mais, en fait, nous retrouvons même des éléments universels dans ces domaines sociaux et culturels. Comme le fait que la plupart des cultures ont des familles. La famille est ainsi un autre concept universel. Il n’y a pas que les aspects biologiques qui sont universels. Certains éléments écologiques et environnementaux peuvent aussi l’être. Nous faisons face à un défi. Celui de comprendre les résultats du développement humain. Comment y parvenir? Si nous tentons de faire une intervention, comment procéder? Notre programme fonctionnera-t-il pour tous? Il suffit de le mettre en œuvre. Certains de mes collègues aiment me taquiner sur le fait que je suis une personne dont le bureau n’a pas changé et ils me demandent ce qui m’est arrivé parce que je parle toujours du contexte et que je dis que le contexte est très important. Si mon but est de créer une base de données scientifique nous permettant de comprendre les points communs dans notre univers, c’est un objectif louable. Toutefois, cela signifie aussi que nous devrons ignorer beaucoup de choses importantes, mais qui sont localisées à un point tel qu’on ne peut pas les mesurer de la même manière dans différents contextes. À l’heure actuelle, c’est, selon moi, un des plus gros défis des comparaisons internationales. Chaque fois que quelqu’un dit qu’on ne peut pas seulement étudier les milieux individuels, et qu’il faut rechercher les points communs, je réponds : « Absolument, faisons-le. Il ne faut simplement pas oublier qu’au moment où nous aurons isolé les points que nous croyons pouvoir comparer à travers les cultures, nous aurons déjà laissé tomber beaucoup d’éléments très importants qui ne peuvent pas être comparés entre les contextes parce qu’ils diffèrent d’un contexte à un autre. » Comment pouvons-nous parvenir à un équilibre? Je crois qu’il y a une manière pratique et sensée d’atteindre un équilibre. Même les organisations internationales comme UNICEF commencent à intégrer dans certaines bases de données, comme les enquêtes en grappes à indicateurs multiples (MICS), des questions plus générales et des questions particulières pour que les pays déterminent s’ils souhaitent recueillir des données sur ces questions extrêmement localisées. Ce faisant, nous obtenons le meilleur des deux mondes.