Azad – l’étude CHILD

L’étude a été entreprise vers 2009 et avait pour but de recruter des familles attendant un enfant, puis de faire le suivi de ces familles et de leur nouveau bébé au fil du temps alors que l’enfant grandissait. L’étude visait initialement à déterminer pourquoi les enfants de la génération actuelle sont beaucoup plus nombreux à être atteints d’allergies et d’asthme que par le passé. Nous savons qu’il y a une composante génétique parce que les conditions comme les allergies et l’asthme se transmettent dans les familles, mais cela n’explique pas cette épidémie. Nos gènes n’ont pas changé en seulement quelques générations. C’est donc notre environnement qui a changé, et ce, dans de nombreux domaines. Ainsi l’objet de cette étude était de réaliser l’acquisition minutieuse d’autant de données sur autant d’éléments de l’environnement que possible, dès le développement utérin. Nous avons donc recueilli de l’information auprès des mères enceintes concernant leur alimentation et leur état de santé, autant physique que mental. À la naissance des bébés, nous avons procédé à des prélèvements biologiques, comme le sang du cordon à la naissance, la première couche et des échantillons de lait maternel; un sujet devenu une passion pour moi. De plus, des employés de l’étude CHILD sont allés prélever des échantillons de poussière dans les résidences de chacune des familles pour mesurer les différents produits chimiques et microbes. Ils ont examiné les types de meubles dans la maison, le nombre de fenêtres et les produits nettoyants utilisés pour vraiment comprendre l’environnement intérieur, car les bébés passent jusqu’à 80 % de la première année de leur vie à l’intérieur de leur maison. Il est donc très important de comprendre cet environnement. Il faut aussi tenir compte de l’environnement plus vaste, l’environnement extérieur. Par exemple, nous avons mesuré la pollution de l’air causée par la circulation automobile à proximité de l’endroit où vivait chaque bébé. Nous avons aussi examiné les facteurs sociaux comme les déterminants sociaux de la santé, le statut socioéconomique des différentes familles, et les mesures du stress et des approches parentales. Nous nous efforcions d’en savoir plus sur tous les domaines de l’environnement de ces familles. L’étude compte en tout 3 500 familles participantes. Les enfants sont nés entre 2010 et 2012. Le financement fourni par le gouvernement du Canada était initialement prévu pour faire le suivi des enfants jusqu’à l’âge de 5 ans. Ces familles se trouvent dans quatre provinces au Canada, dans les villes de Vancouver, d’Edmonton, de Winnipeg, au Manitoba, ici même, et de Toronto, en Ontario. Les familles ont été recrutées dans ces centres. Ayant pu obtenir du financement additionnel pour poursuivre l’étude, nous avons de nouveau fait le suivi des enfants à l’âge de 8 ans. Et, maintenant, suivant la pandémie, les enfants les plus âgés de l’étude atteignent 12 ans. Nous commençons donc à les suivre dans l’adolescence et à étudier de nouveaux sujets comme l’apparition de la puberté alors que les enfants vieillissent. C’est une véritable mine d’information. Plus de 40 chercheurs partout au pays contribuent à l’étude, et proviennent de tous les milieux scientifiques. En plus des pédiatres et des néonatologistes, il y a des scientifiques de l’environnement, des nutritionnistes, ainsi que des personnes, comme moi, qui s’intéressent au microbiome. Cette excellente équipe de scientifiques travaille à trouver les réponses aux nombreuses questions entourant la santé et le développement de l’enfant. Le résultat global est, comme nous nous y attendions, que ce qui se passe pendant la grossesse et les premières années de vie est très fortement lié au développement ultérieur des enfants.