Marmot – les études de Whitehall

Les deux études réalisées auprès de fonctionnaires britanniques, Whitehall et Whitehall II, excluent les gens les plus riches de la société ainsi que les gens les plus pauvres de la société. Sur l’échelle du monde, la Grande-Bretagne est bien entendu une société très riche. Et pourtant, nous avons constaté la présence de cet étonnant gradient social. C’est à ce moment que j’ai inventé le terme « gradient social de santé ». Les gens au deuxième rang en partant du haut qui ont un diplôme universitaire, un emploi stable, un logement raisonnable, un salaire raisonnable et de bonnes perspectives d’emploi pour l’avenir, ont une santé plus mauvaise que les gens au-dessus d’eux. C’est ainsi jusqu’au plus bas niveau de la hiérarchie sociale. Lorsque cela a été constaté pour la première fois dans les études Whitehall, les gens se sont dit qu’il y avait quelque chose d’étrange avec les fonctionnaires. Toutefois, peu importe les chiffres nationaux examinés en Grande-Bretagne, et, j’ai assisté à un congrès sur le développement de la petite enfance où les gens présentaient des données du Canada, du Chili, de l’Australie, de Cuba, d’autres parties de l’Amérique latine et d’ailleurs, et peu importe le lieu examiné, ce gradient est présent. Les ramifications du gradient sont très profondes. Tous les gens sont contre la pauvreté. Il est possible qu’ils ne veuillent rien faire à ce sujet, mais tout le monde sait que la pauvreté n’est pas une bonne chose et, sur le plan conceptuel, elle ne semble pas être une notion complexe. Les gens n’ont pas suffisamment d’argent, n’ont pas de logement et, dans les pays en développement, n’ont pas d’eau potable, suffisamment de nourriture ou d’abri… il suffit de régler ça et la santé s’améliorera. Ça devrait marcher. Cependant, un gradient signifie qu’il ne faut pas seulement s’occuper des plus pauvres des pauvres, mais aussi des gens du milieu dont la santé est plus mauvaise que celles des gens au-dessus d’eux. Un gradient signifie que nous sommes tous concernés, et que les mesures doivent être prises à l’échelle de la société et non simplement – comme si la question était simple – auprès des plus pauvres des pauvres.