Bennett – les répercussions sur les familles Autochtones – Partie 1
Environ 22 organismes de protection de l’enfance des Premières Nations ont recueilli des données pour savoir pourquoi les enfants des Premières Nations viennent à l’attention de ce système. La recherche a permis de reconnaître que les raisons pour lesquelles les enfants autochtones sont surreprésentés dans ce système sont celles que les peuples autochtones savent depuis toujours. La principale raison pour laquelle les enfants des Premières Nations sont pris en charge est la négligence. Et qu’est-ce que la négligence? Il s’agit des questions de pauvreté, de logement – à la fois sur et hors réserve – ainsi que de consommation de substances par des parents. Cette consommation de substances est liée aux facteurs historiques entourant les pensionnats autochtones, la rafle des années 1960 et les interventions des systèmes de protection de l’enfance de notre pays. En examinant la consommation de substances par nos parents, on voit qu’ils font face à des éléments sur lesquels ils n’ont aucun contrôle, par exemple, bien des parents n’ont aucun contrôle sur leur expérience de pauvreté. Cela devient une de ces situations dans leur vie à laquelle ils ne s’adaptent pas de façon appropriée. Le regard colonial a été posé sur nos familles des Premières Nations et nous sommes toujours sous surveillance. Par conséquent, les gens n’ont pas de scrupules à signaler nos familles. Les enjeux de protection de l’enfance mènent vers la pauvreté, l’itinérance, le système carcéral et d’autres interventions du système dans leur vie et, selon leur propre expérience, dans la vie de leurs enfants par la suite. L’histoire se répète d’une génération à l’autre de nos enfants ayant été pris en charge par le système. Nos familles subissent toujours les effets de la colonisation, de la colonisation continue et du colonialisme, et on oublie que ce qui a été imposé aux peuples autochtones vient d’une idéologie fondée sur la violence. Les sociétés de colons et l’idéologie qu’ils ont amenée dans ce pays ont été très néfastes pour nos communautés. Les pensionnats autochtones ont miné notre capacité à maintenir les unités familiales et communautaires. Il s’agit donc de reconnaître que la colonisation est un facteur déterminant dont les effets se font encore ressentir dans nos familles autochtones. Une partie de cela consiste à reconnaître que le Canada est un pays fondé sur les traités, et que les traités portent sur les relations. Ces relations n’ont pas été respectées. Les traités durent aussi longtemps que la rivière coule et que le soleil brille, et c’est toujours le cas aujourd’hui, bien que des projets de pipelines et autres menacent nos eaux et nos réseaux hydriques. Il s’agit ainsi de reconnaître que certaines relations historiques existent toujours de nos jours et qu’il faut continuer à les respecter. Nous sommes sur le territoire du Traité no 1 et nos ancêtres ont fait des sacrifices pour le partager avec les personnes déplacées ou à la recherche d’occasions dans le Nouveau Monde. Nous avons été généreux en montrant à ces colons comment vivre sur nos terres. Nous avons accepté de partager, et c’est ce sur quoi les traités sont fondés. Malheureusement, ce que nous avons subi n’est pas basé sur ce concept du partage. On nous a traités avec violence et beaucoup de nos enfants ont été appréhendés et retirés de leur famille, puis placés dans les pensionnats autochtones, une expérience très traumatisante. Il s’agit aussi de reconnaître que la structure de nos familles est très différente de celle des sociétés des colons.
