Brownell – les résultats du test de langage

C’est à ce moment-là que nous avons commencé à travailler avec les données relatives à l’éducation. Ce qui nous intéressait particulièrement, c’était que le ministère de l’Éducation avait toujours utilisé ces données, et essentiellement, il s’agissait des tests normalisés de la 12e année. Il s’agit donc d’un test auquel sont soumis tous les élèves de 12e année dans les domaines du langage et des mathématiques. Je vais utiliser le test de langage à titre d’exemple. Le test vaut 30 % de la note finale des élèves, et ils ont besoin du cours de langue, ce cours est obligatoire pour obtenir leur diplôme d’études secondaires. Il s’agit donc d’un très bon indicateur pour savoir où ira cet élève après ou si l’élève obtiendra son diplôme d’études secondaires.

Nous nous sommes dit : « Eh bien, examinons les résultats, et plutôt que de comparer école par école, regroupons les élèves selon leur statut socioéconomique et voyons si nous observons ce qu’on appelle le gradient social. » Et fondamentalement, le gradient social nous indique à la fois que les pauvres ont de moins bons résultats que les riches, mais aussi qu’avec chaque hausse du statut socioéconomique, nous observons une amélioration des résultats.

Nous avons donc fait cela en premier. Nous avons examiné les données relatives à l’éducation obtenues du ministère de l’Éducation et nous avons effectué cette analyse. Nous avons bien sûr trouvé que pour le groupe de statut socioéconomique le plus faible – les élèves étaient divisés en cinq groupes – environ 76 % d’entre eux ont réussi le test. Avec chaque hausse du statut socioéconomique, nous avons vu une amélioration du rendement, de sorte que 96 % des élèves provenant des quartiers de statut socioéconomique les plus élevés réussissaient le test. Et nous avons remarqué que bien que le gradient social soit présent, la courbe n’est pas aussi raide que nous l’avions prévu.

Et donc, nous avons en quelque sorte examiné les résultats pendant un certain temps et nous avons dit : « Il est fort possible que nous n’obtenions pas une image complète avec ces données. Qu’en est-il des élèves qui n’ont jamais atteint la 12e année? Qu’en est-il des élèves qui éprouvent des difficultés à atteindre la 12e année? Ces élèves ne sont pas représentés dans les données utilisées par les écoles et celles que nous voyons ici. » Donc, en utilisant les données liées, nous avons pu regarder les données précédentes et dire : « Prenons une cohorte d’enfants, nés au Manitoba, des enfants qui ont toujours vécu au Manitoba ». Dans l’année où la cohorte a subi le test, les élèves de la cohorte devraient subir le test s’ils ont avancé dans le système scolaire normalement. De sorte que, s’ils commencent tous la maternelle dans l’année où ils ont cinq ans et ils commencent tous la première année dans l’année où ils ont six ans et s’ils progressent dans le système scolaire, ils devraient être en 12e année en train d’écrire ce test de normes dans l’année d’observation des résultats.

Et grâce au registre démographique auquel nous avions accès, nous avons lié les données. Nous savions quels élèves avaient déménagé à l’extérieur de la province, donc nous ne voulions évidemment pas tenir compte de ceux-là. Nous savions donc que les élèves vivaient toujours dans la province, qu’ils ne se présentaient pas au test, et que nous pouvions les trouver quelque part ailleurs dans la province. C’est ce que nous avons fait. Et quand nous avons fait cela, quand nous avons examiné les données avec toute la population qui aurait dû subir ce test, ce n’est plus du tout la même histoire. Maintenant, seulement 11 % des élèves ayant le statut socioéconomique le plus faible, en comparaison au pourcentage de 76 % que nous avons vu dans notre première analyse – seulement 11 % réussissent ce test dans le délai prévu, par rapport à environ 85 %, je crois, pour les élèves ayant le statut socioéconomique le plus élevé.

Donc, la courbe du gradient social devient beaucoup plus raide lorsque nous ajoutons cette autre information. Fondamentalement, ce qui est à l’origine de la différence, c’est que les élèves avaient été retenus au moins un an ou plus de sorte qu’ils étaient soit en 11e année ou moins. Nous savons que les enfants retenus quelque part en cours de route dans leur carrière scolaire sont moins susceptibles de terminer leurs études secondaires. Et puis environ un quart des enfants des familles de statut socioéconomique le plus faible avaient abandonné l’école tout court, en comparaison avec environ trois pour cent, je crois, des élèves ayant le statut socioéconomique le plus élevé. Et cela représente aussi un gradient social. Avec chaque hausse du statut socioéconomique, nous voyons une baisse du nombre d’élèves qui ont abandonné leurs études.

Cela nous a donc donné une image beaucoup plus fidèle, selon nous, du statut socioéconomique. Et cela nous a vraiment, je crois, déstabilisés. Cela a déstabilisé le ministère de l’Éducation. Et ces données, vous savez, elles ont en quelque sorte fait le tour du pays entier. Les gens réagissent en disant : « Wow! Nous étions au courant qu’il y existait un gradient social, mais nous n’avions aucune idée de l’étendue de ce gradient. »